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La République du catch

La République du Catch a marqué le grand retour de Nicolas de Crécy à la bande dessinée.
Commandé par la Shueisha, géant de l’édition nippone et publié sous forme de feuilleton dans le journal Ultra Jump, spécialisé dans les Seinen (mangas pour adultes) il sort ensuite presque simultanément en album au Japon et en France en 2015 chez Casterman.

Entre le Japon et Nicolas de Crécy, c’est l’histoire d’une longue admiration mutuelle : cinq de ses albums avaient déjà été traduits en japonais et il avait été invité à séjourner six mois à la villa Kujoyama, près de Kyoto en 2008. Pour cette histoire, il a entièrement retravaillé le storyboard du Manchot Mélomane, un court-métrage écrit en 2005 pour les studios japonais 4°C et qui n’avait pas abouti. Le découpage en trois cases de la première partie du livre est un héritage de cette première aventure cinématographique.

Afin de coller à la publication en feuilleton, l’artiste a réalisé près de 25 planches par mois, un rythme soutenu que les mangakas parviennent à tenir grâce à leurs nombreux assistants et qui a constitué un véritable défi pour Nicolas de Crécy, qui a travaillé seul depuis Paris. Il a toutefois pu s’appuyer sur l’éditrice d’Otomo et de Taniguchi qui lui a prodigué, entre autres, quelques conseils culturels. Elle lui a notamment conseillé d’éviter les onomatopées, qu’il ne pouvait dessiner lui-même en kanji et que les lecteurs auraient reconnues comme n’étant pas de sa main.

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Dans ce récit, quoique pensé pour un public japonais, Nicolas de Crécy a su opérer quelques détournements… Ainsi, l’univers des yakuzas est remplacé par la mafia italienne, celui du sumo est figuré par le catch et les yokais, monstres typiques de la culture nippone, se mêlent aux fantômes qu’affectionne l’artiste et qu’on retrouve dans toute son oeuvre, de Prosopopus jusqu’à son roman, publié en 2018 chez Albin Michel Les amours d’un fantôme en temps de guerre.

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Tout l’univers de Nicolas de Crécy se déploie en douceur dans cette planche du début de l’album. Réalisée à l’encre de Chine et à l’aquarelle dans une gamme de tonalités chère à l’artiste, elle est l’une des seules à avoir été mise en couleur. Il s’agit d’un des usages du manga, où les premières pages permettent au lecteur de s’imprégner de l’ambiance, pour se poursuivre en noir et blanc sur le reste de l’album.

Dans cette ville aux allures de New York-sur-Loire, on rencontre Mario, un vendeur de piano à l’allure désuète, caché derrière des verres aussi grands qu’il est petit. Sensible et timide, il a pour seul ami un manchot pianiste et muet que l’on aperçoit à travers la vitrine du magasin.

La douceur de cet univers rassurant se heurtera bientôt durement à celui de la République du Catch dont “la philosophie passe par le muscle”. Mais pour l’heure, la bonhommie de ce personnage imprègne ces premières cases et la compagnie de son manchot mélomane est la seule qu’il connaisse. On plonge avec délice dans cet univers où nos sens sont chamboulés : la petite taille de Mario, l’énormité de ses lunettes, ce manchot pianiste, cette ville qui nous semble familière mais que nous ne connaissons pas : les proportions sont bouleversées, plongeant le lecteur dans un univers où la caricature se mêle au réalisme dans une harmonie déconcertante, propre à l’univers de Nicolas de Crécy.

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