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Delacroix

C’est par hasard que Catherine Meurisse, encore étudiante, découvre Causerie sur Delacroix dans les rayons d’une librairie. Pour celle qui admirait l’oeuvre du peintre depuis son plus jeune âge et qui avait dévoré Le Comte de Monte-Cristo à l’adolescence, cet ouvrage, écrit par Alexandre Dumas sur son ami Delacroix est une révélation. Elle en fait alors le sujet de son mémoire de fin d’études aux Arts Décoratifs, qui sera publié par un éditeur suisse en 2005. L’ouvrage avait alors le format d’un roman, écrit et illustré à la plume, en noir et blanc. Son dessin y faisait la part belle à l’humour, donnant un avant-goût de sa carrière de dessinatrice de presse qu’elle débutera chez Charlie Hebdo la même année.

En reprenant, quinze ans plus tard, cet ouvrage qu’elle avait laissé de côté, Catherine Meurisse décide d’ajouter de la couleur et réinterprète à sa manière la galerie des oeuvres évoquées par Dumas. Elle qui a toujours dessiné vite a cette fois décidé de prendre son temps. De musées en archives, chaque dessin a d’abord nécessité une grande observation pour s’imprégner des oeuvres et enfin prendre forme sous son pinceau, en liberté, à la gouache ou à l’encre, mêlant subtilement sa patte de caricaturiste aux oeuvres du maître.

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Comme dans cette interprétation de L’empereur Justinien composant ses Instituts où l’expressivité des mains et des visages rappelle l’immédiate lisibilité des attitudes chez Catherine Meurisse. C’est aussi une des grandes caractéristiques de l’univers de la bande dessinée, comme du dessin de presse, qu’elle parvient à intégrer à celui de la peinture, trois univers qui sont siens et qu’elle entend rassembler dans l’oeuvre protéiforme que constitue ce livre. La toile originale ayant brûlé pendant la Commune de Paris, seule une esquisse assez aboutie nous est parvenue, désormais exposée au musée des arts décoratifs de Paris. Tout l’équilibre du tableau s’y révèle à travers des traits de pinceaux placés avec panache par un peintre sûr de son talent.
Au delà de la composition, c’est l’importance de la couleur chez Delacroix que Catherine Meurisse a su rendre, en faisant exploser sa palette. Du vivant du peintre, ses recherches sur le sujet étaient aussi dénigrées qu’admirées. Théophile Gautier écrira à son propos qu’il “imprime à tout ce qu’il peint un cachet si fort, si intime, si personnel que sous son pinceau les aspects les plus familiers deviennent étrangers et presque fantastiques.” En accentuant cette caractéristique de son travail, Catherine Meurisse le place dans la même lignée d’avant-garde que les peintres modernes ayant travaillé la couleur pure, tels que Rothko, notamment.

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Alexandre Dumas étant un excellent dialoguiste, Catherine Meurisse a pris plaisir à reproduire les conversations dans ses planches, croquant Delacroix dans tous ses transports : colérique, exalté, hautain, concentré, admiratif, parfois faussement modeste. La composition des cases emprunte au théâtre certaines de ses mises en scène ainsi que les attitudes des protagonistes, tout comme elle se réclame du 19ème siècle qui fut un grand siècle pour l’illustration : Honoré Daumier et Gustave Doré ont ainsi influencé la représentation qu’elle a pu faire, notamment d’Alexandre Dumas, qui apparaît dans cette planche.

Dans ce livre aux multiples facettes domine la flamboyance : l’écriture de Dumas, décrivant son ami avec sensibilité, la personnalité habitée de Delacroix et le talent pour les dépeindre de Catherine Meurisse. Elle-même récemment élue à l’académie des Beaux-Arts dans la section peinture, entend défendre l’art de la bande dessinée au sein de cette institution séculaire.

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