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Enferme-moi si tu peux

Originaires de Strasbourg, Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg vivent et travaillent ensemble. Si c’est principalement Anne-Caroline qui écrit les scénarios et Terkel qui dessine, leurs styles se mêlent sur chaque page dans un véritable travail à quatre mains.

Enferme-moi si tu peux (Casterman, 2019) est leur sixième album commun. Si le titre de l’album fait allusion au film de Steven Spielberg, il est surtout un hommage à un vers du poète William Blake : “Ils enfermèrent ma tête infinie dans un cercle étroit”.

On y rencontre six artistes, trois hommes et trois femmes. Enfermés dans des vies qui les contraignent, peu instruits, souvent éloignés des grandes villes, parfois atteints de pathologies physiques ou mentales, ils pratiquent l’art en liberté, sans en connaître les codes. Ils seront les tenants du mouvement de l’Art Brut, que Jean Dubuffet définit comme «L’art des fous et celui de marginaux de toutes sortes : prisonniers, reclus, mystiques, anarchistes ou révoltés ».

C’est le cas d’Augustin Lesage. Né en 1876, ce mineur du nord de la France entend, alors qu’il travaille à la mine, une voix lui dire : “ Un jour tu seras peintre”. Initié par la suite au spiritisme et présentant des talents de médium, il entend cette même voix lui commander d’acheter une toile, de la peinture et des pinceaux, puis dicter à sa main quoi peindre.

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Ces pages le montrent à ce moment précis où, guidé par ses visions, il change le cours de son destin. La composition des cases se fait mouvante, leur forme presque organique. Dans cette “page plus exaltée, nous nous sommes affranchis du cadre régulier de l’album. Comme une envolée lyrique pour manifester notre propre liberté et sensibilité d’artistes. Nous nous sommes littéralement laissés emporter par le lâcher prise et le propre affranchissement des personnages.» raconte Anne-Caroline Pandolfo.

Sa libération commence par la sortie du cercle formé par les participants à la séance de spiritisme. Alors qu’une lumière bleue, fantomatique, éclaire les visages baissés, Augustin Lesage tourne le sien vers l’esprit qui continuera de l’accompagner dans sa création.

“L’esprit… Personne n’est obligé d’y croire”

Si les auteurs ne souhaitent pas corroborer totalement l’aspect surnaturel des visions de Lesage, ils ne peuvent néanmoins écarter qu’elles étaient réelles pour l’artiste. Jean Dubuffet émettait également des réserves à ce titre : “Lesage partageait cette idée courante que la création de l’art ne peut aller sans les brevets. Il lui fallait donc une légitimation : l’intervention du fantôme téléguideur convenait à merveille.”. (Collectif Art Brut 3, Art Brut 3, vol. XXIII, t. III, Paris, Jean Dubuffet, 1964)